deuxième équipe

4ème ligue



Entraîneur
Bruno Delmonico

Entraîneur-assistant
Gilbert Buchs

Interview Avdyl
Avdyl

Itw de Yannick

 

Pedigree : Yannick Bebga, 36 ans, Camerounais, réside à Bulle. Marié à Caroline, a un garçon prénommé Yôsep, de 8 mois. Travaille chez CRC Volets à Bulle comme agent de production.

 

Avant de commencer vraiment, tu suis un peu l’Euro ?

 

Oui, un peu. Je suis les matchs, les gros matches, comme celui de la Suisse, l’Allemagne ou l’Angleterre. Le seul match que j’ai vu en direct, c’était Suisse-France.

 

Justement, en tant que spectateur neutre, comment tu as trouvé ce match ?

 

Surprenant. Je n’attendais pas la Suisse à ce niveau. Cela laisse à croire que c’est un coup de chance, mais en tant que coach, je sais que ce n’est pas de la chance. La Suisse a su répondre techniquement, tactiquement et mentalement. Vraiment surprenant.

 

Tu es arrivé en Suisse il n’y a pas très longtemps, est-ce bien correct ?

 

Oui, je suis arrivé en décembre 2019, cela ne fait même pas encore 2 ans.

 

D’après mes informations, tu aurais rejoint la Gruyère grâce à ta femme ?

 

Ouais. Nous nous sommes connus au Cameroun, 2 ½ ans avant que je ne vienne en Suisse. Caroline travaillait dans une organisation humanitaire sur un « bateau-hôpital » qui était installé au port de Douala, capitale économique du Cameroun. Nous nous sommes rencontrés par le foot grâce aux opérations « santé » où on se retrouvait entre amis pour jouer au foot, car Caroline venait aussi à ces soirées avec les locaux, c’était la seule blanche (en fait Caroline jouait aussi au foot avant d’aller en Afrique et est tombée sur ces soirées un peu par hasard, en ramassant un ballon perdu lors d’un jogging).

 

Malgré l’amour, pas si simple de quitter un pays ?

 

Ouais, je ne suis pas quelqu’un à la base qui aimait les déplacements, pas du tout.

 

Comment s’est passée ton acclimatation ?

 

Il faisait très très froid. Il faut comprendre qu’au Cameroun, le plus froid que j’avais à connaître, c’était 19 degrés. Il faisait probablement entre 2 et 5 degrés, finalement pas si froid, mais je dormais avec un training, bouillote. Je ne comprenais pas qu’il puisse avoir du soleil et quand même faire froid. Il y a quand même eu de grandes améliorations par rapport à ma tolérance au froid, mais je n’aime toujours pas.

 

Contrairement à beaucoup d’immigrés, tu parles au moins déjà la langue (bien que le Cameroun ait 2 langues officielles, l’anglais et le français), quand même un avantage, non ?

 

Oui, mais on ne me comprend pas toujours très bien. Les langues officielles sont le français et l’anglais, mais j’ai parlé le patois étant petit, le « bassa’a » (il y en a 270 différents au Cameroun) et j’ai appris le français à l’école.

 

Si on revient quelques années en arrière, est-ce que tu pourrais nous raconter ton enfance, où tu as grandi et comment tu as commencé à jouer au football ?

 

Il n’y a pas le luxe qu’il y a ici avec des beaux terrains et de la verdure un peu partout. On jouait partout où on pouvait, par exemple derrière la maison. Les plus grands espaces que nous avons eus jusqu’à 12 ans environ, c’était moins de 50 m2 (6 x 8 m max). Il y avait 10 joueurs à l’intérieur et je me suis rendu compte que cela a permis de performer au niveau technique. Lorsque nous n’avions pas de ballons, on prenait des bouts de plastic et on essayait de les attacher ensemble pour faire ressembler à un ballon ou alors on jouait avec une orange. Evidemment, les ballons étaient très vieux, mais c’était déjà super d’avoir un ballon. On jouait pieds nus, sans chaussures et sans chaussures de foot. J’ai grandi à Douala (4 mio d’habitants), tout est concentré en peu d’espace, mais pas dans le centre de la ville.

 

Il n’y avait pas d’école de foot, mais j’ai joué à l’âge de 17 ans avec les actifs dans une équipe de 3ème division camerounaise. J’ai fait quelques matches aussi avec les juniors lors de matches importants. J’avais beaucoup de lacunes au début, car je n’avais pas forcément toutes les bases.

 

Pour ceux qui ne connaissent pas du tout le Cameroun, tu pourrais nous situer le pays sur la carte du monde ?

 

Le Cameroun est situé légèrement au-dessus de l’Equateur, en Afrique Centrale, sur la côte Atlantique.

 

Et peut-être aussi décrire en quelques phrases la situation du pays dans lequel tu as grandi ?

 

C’est un pays chaud, très chaud, avec plus de 20 millions d’habitants. Le Cameroun est communément appelé l’Afrique en miniature, car on trouve tout ce qu’on trouve dans d’autres régions dans un seul pays. C’est assez centré sur le continent, il y a l’Afrique noire, l’Afrique subsaharienne, etc.

Il y a un gros fleuve, un gros port, le pays est parmi les plus grands producteurs de cacao du monde, aussi un gros producteur de bois. Le plus grand sommet du Cameroun est le Mont Cameroun qui culmine à plus de 4'000 m d’altitude. Nous sommes allés gravir ce sommet avec ma femme Caroline, même si je n’avais jamais senti le besoin de faire de la marche. C’était la première fois que j’allais en montagne.

 

La capitale Yaoundé, avec plus de 4 mio d’habitants aussi (la moitié de la population helvétique) a la particularité d’être à la même altitude que La Tour-de-Trême (750m). Mais pas avec le même climat ?

 

On va souvent à Yaoundé. Il fait un peu plus frais à Yaoundé qu’au bord de l’océan et on risquera de voir des gens avec des pullovers le soir.

 

En Suisse, et en particulier en Gruyère, l’environnement change quand même pas mal. Qu’est-ce qui te plaît ici ?

 

Il y a beaucoup de choses. Il y a ma femme, mon enfant. Il y a quelque chose qui me fascine, c’est le fait de voir des terrains de foot partout. Au début, même de voir des prés assez plats, j’étais impressionné. Tous les prés, je les voyais comme des terrains de foot. Je suis aussi reconnaissant envers la Suisse de pouvoir travailler ici et de pouvoir subvenir aux besoins de ma famille.

 

Tu retournes quand même régulièrement dans ton pays d’origine. Tu as beaucoup de famille sur place ?

 

Oui, j’ai beaucoup de famille. Juste mon petit frère à Douala. Mais le reste de ma famille est encore au village.

 

Tu as joué au foot au Cameroun jusqu’à quel âge et à quel niveau ?

 

Jusqu’à 30 ans, jusqu’en 2ème division, pendant plus de dix ans.

 

A quel poste de prédilection as-tu préféré évoluer ?

 

J’ai commencé comme arrière droit. Mais mes beaux jours dans le foot, c’était dans la défense centrale.

 

Tu as fait toutes tes études/ta formation au Cameroun ?

Oui, je n’étais jamais sorti du Cameroun avant de venir en Suisse. Je faisais tout pour éviter les matches à l’extérieur dans mon pays. Tous les voyages étaient en bus, jusqu’à 6 heures. Je n’étais pas vraiment à l’aise dans les voyages. Mais je n’ai pas étudié longtemps.

 

Ton pays ne te manque pas trop ?

 

Oh si, ça me manque beaucoup. C’est pour ça que je vais assez souvent. J’ai besoin de voir mes amis, mon petit frère, j’ai aussi une fille au Cameroun. Notre objectif, c’est d’aller nous installer au Cameroun. Mais nous n’avons pas exactement la même motivation. J’aimerais y aller plus vite que Caroline.

 

Tu entraînes depuis une année et tu as pris en charge les juniors Da. Par quel biais es-tu arrivé au club ?

 

Pendant la grosse période de Covid-19, j’ai dit à ma femme qu’il fallait que j’entraîne une équipe. J’entraînais une équipe au Cameroun et ça me manquait. J’ai habité d’abord à Sommentier, mais nous savions que nous allions venir à Bulle. Ma femme a fait des téléphones et ensuite j’ai rencontré Matthieu et c’est comme ça que je suis arrivé dans l’équipe des juniors Da.

 

Je me souviendrai de ton premier entraînement, car j’habite tout près du terrain 2 et j’ai adoré dès la première seconde t’entendre parler à tes joueurs. Il faut dire que tu parles relativement fort et … beaucoup, n’est-ce pas ?

 

Ouais, je parle beaucoup. Je crois que c’est une malformation. J’avais un entraîneur que j’ai adoré qui parlait beaucoup. Si on se limite à donner une simple séance d’entraînement, des choses vont nous échapper. Les enfants comprennent mieux si on répète plusieurs fois les choses. Par exemple de lever la tête avant de contrôler le ballon ou de faire la passe. Ça devient ensuite une évidence si on répète les choses régulièrement.

 

Tu as un accent tellement magnifique à entendre. J’imagine que tu as emmené aussi quelques expressions typiques du Cameroun. Tes jeunes ont certainement été amenés à sourire un peu parfois en t’écoutant ?

 

Oui (avec un grand sourire). Par exemple, mes joueurs ne comprenaient pas quand je disais « amortis » la balle. Aussi, ils ne comprenaient pas « chasubles », car ici on dit « casaques ».

 

J’ai déjà évoqué un peu de la saison des juniors Da lors du dernier interview de Roméo. Vous avez fait une superbe saison, bravo. Pourrais-tu nous raconter comment cela s’est passé selon toi ?

 

Au tout début, je savais que j’allais entraîner une équipe de juniors D. Je ne connaissais rien, cela a commencé tout timidement. Au début, il y avait 8 joueurs sur un contingent de 17. Par rapport aux enfants de 12 ans du Cameroun, ici les jeunes étaient plus « matures », plus « intelligents » et j’étais intimidé. C’était bien que je n’avais pas tout le contingent le premier jour. Ils aiment le foot, ils m’ont tout de suite écouté. Les parents ont été vraiment supers.

 

Roméo disait dans l’interview du mois de mai 2021 que certaines fois les entraîneurs donnaient des conseils inverses, d’un côté à l’autre du terrain. Plutôt drôle. Tu confirmes ?

 

Oui, oui. C’est juste. Peu importe ce qu’il va se passer sur le terrain, de toute façon je vais donner de la voix. La seule chose, c’est que ce sont les joueurs qui sont sur le terrain qui ont le ballon dans les pieds. Moi j’ai joué toujours devant 5’-6'000 spectateurs où c’était très bruyant. C’est au joueur de savoir ce qu’il veut faire. Car si je lui dis de dribbler, son adversaire entend aussi ce que je dis.

 

La saison est à peine terminée qu’une nouvelle saison est en préparation. Est-ce qu’on ose dévoiler ici avec quelle équipe tu seras l’année prochaine ?

 

Ce n’est pas encore officiel. Nous sommes 3 entraîneurs prévus pour deux équipes, entre les B et C promotion.

 

Après l’esprit conquérant que tu as insufflé à ton équipe durant cette saison, n’est-ce pas trop dur de quitter ces joueurs ?

 

C’est vrai. J’aurais bien aimé garder une partie de ces jeunes, mais c’est peut-être mieux de les laisser tous que d’en suivre qu’une moitié. La plus belle chose que j’ai aimée, c’est de les avoir vu progresser, beaucoup progresser. Techniquement, tactiquement.

 

Après une année dans notre club, que penses-tu de notre club du FC LTLP ?

 

Clairement s’il faut expliquer comme je le ressens, c’est comme si j’étais né à La Tour. Je ne connaissais personne, La Tour est mon équipe pas de cœur, mais plutôt de naissance. Donc ça devient mon équipe de cœur. Je joue avec le FC La Sionge, mais j’ai préféré là-bas jouer avec la 2ème équipe. On a joué contre La Tour.

 

Qu’est-ce qui différencie notre club de ce que tu as connu en Afrique ?

 

Tout je dirais. Il faut voir que la 2ème division chez nous, on dit que c’est professionnel. On te paie pour jouer, on touche des primes de matches. Mais les infrastructures sont complètement différentes. J’ai joué peut-être 3-4 fois de ma vie sur un terrain en gazon. Nous n’avions pas de vestiaires.

 

Que fais-tu à côté de ton boulot et celui d’entraîneur, est-ce que tu as d’autres hobbys ?

 

Non, j’aime juste l’entraînement, le foot. J’aime jouer pour le plaisir.

 

Nous avons pris l’habitude que l’interviewé transmette un nom pour l’interview suivant. Est-ce que tu as une idée de nom ?

 

Pourquoi pas Bledar, il est venu souvent arbitrer nos matches.

 

 

 

 

Interview Linette
Avdyl

Itw de Yannick

 

Pedigree : Yannick Bebga, 36 ans, Camerounais, réside à Bulle. Marié à Caroline, a un garçon prénommé Yôsep, de 8 mois. Travaille chez CRC Volets à Bulle comme agent de production.

 

Avant de commencer vraiment, tu suis un peu l’Euro ?

 

Oui, un peu. Je suis les matchs, les gros matches, comme celui de la Suisse, l’Allemagne ou l’Angleterre. Le seul match que j’ai vu en direct, c’était Suisse-France.

 

Justement, en tant que spectateur neutre, comment tu as trouvé ce match ?

 

Surprenant. Je n’attendais pas la Suisse à ce niveau. Cela laisse à croire que c’est un coup de chance, mais en tant que coach, je sais que ce n’est pas de la chance. La Suisse a su répondre techniquement, tactiquement et mentalement. Vraiment surprenant.

 

Tu es arrivé en Suisse il n’y a pas très longtemps, est-ce bien correct ?

 

Oui, je suis arrivé en décembre 2019, cela ne fait même pas encore 2 ans.

 

D’après mes informations, tu aurais rejoint la Gruyère grâce à ta femme ?

 

Ouais. Nous nous sommes connus au Cameroun, 2 ½ ans avant que je ne vienne en Suisse. Caroline travaillait dans une organisation humanitaire sur un « bateau-hôpital » qui était installé au port de Douala, capitale économique du Cameroun. Nous nous sommes rencontrés par le foot grâce aux opérations « santé » où on se retrouvait entre amis pour jouer au foot, car Caroline venait aussi à ces soirées avec les locaux, c’était la seule blanche (en fait Caroline jouait aussi au foot avant d’aller en Afrique et est tombée sur ces soirées un peu par hasard, en ramassant un ballon perdu lors d’un jogging).

 

Malgré l’amour, pas si simple de quitter un pays ?

 

Ouais, je ne suis pas quelqu’un à la base qui aimait les déplacements, pas du tout.

 

Comment s’est passée ton acclimatation ?

 

Il faisait très très froid. Il faut comprendre qu’au Cameroun, le plus froid que j’avais à connaître, c’était 19 degrés. Il faisait probablement entre 2 et 5 degrés, finalement pas si froid, mais je dormais avec un training, bouillote. Je ne comprenais pas qu’il puisse avoir du soleil et quand même faire froid. Il y a quand même eu de grandes améliorations par rapport à ma tolérance au froid, mais je n’aime toujours pas.

 

Contrairement à beaucoup d’immigrés, tu parles au moins déjà la langue (bien que le Cameroun ait 2 langues officielles, l’anglais et le français), quand même un avantage, non ?

 

Oui, mais on ne me comprend pas toujours très bien. Les langues officielles sont le français et l’anglais, mais j’ai parlé le patois étant petit, le « bassa’a » (il y en a 270 différents au Cameroun) et j’ai appris le français à l’école.

 

Si on revient quelques années en arrière, est-ce que tu pourrais nous raconter ton enfance, où tu as grandi et comment tu as commencé à jouer au football ?

 

Il n’y a pas le luxe qu’il y a ici avec des beaux terrains et de la verdure un peu partout. On jouait partout où on pouvait, par exemple derrière la maison. Les plus grands espaces que nous avons eus jusqu’à 12 ans environ, c’était moins de 50 m2 (6 x 8 m max). Il y avait 10 joueurs à l’intérieur et je me suis rendu compte que cela a permis de performer au niveau technique. Lorsque nous n’avions pas de ballons, on prenait des bouts de plastic et on essayait de les attacher ensemble pour faire ressembler à un ballon ou alors on jouait avec une orange. Evidemment, les ballons étaient très vieux, mais c’était déjà super d’avoir un ballon. On jouait pieds nus, sans chaussures et sans chaussures de foot. J’ai grandi à Douala (4 mio d’habitants), tout est concentré en peu d’espace, mais pas dans le centre de la ville.

 

Il n’y avait pas d’école de foot, mais j’ai joué à l’âge de 17 ans avec les actifs dans une équipe de 3ème division camerounaise. J’ai fait quelques matches aussi avec les juniors lors de matches importants. J’avais beaucoup de lacunes au début, car je n’avais pas forcément toutes les bases.

 

Pour ceux qui ne connaissent pas du tout le Cameroun, tu pourrais nous situer le pays sur la carte du monde ?

 

Le Cameroun est situé légèrement au-dessus de l’Equateur, en Afrique Centrale, sur la côte Atlantique.

 

Et peut-être aussi décrire en quelques phrases la situation du pays dans lequel tu as grandi ?

 

C’est un pays chaud, très chaud, avec plus de 20 millions d’habitants. Le Cameroun est communément appelé l’Afrique en miniature, car on trouve tout ce qu’on trouve dans d’autres régions dans un seul pays. C’est assez centré sur le continent, il y a l’Afrique noire, l’Afrique subsaharienne, etc.

Il y a un gros fleuve, un gros port, le pays est parmi les plus grands producteurs de cacao du monde, aussi un gros producteur de bois. Le plus grand sommet du Cameroun est le Mont Cameroun qui culmine à plus de 4'000 m d’altitude. Nous sommes allés gravir ce sommet avec ma femme Caroline, même si je n’avais jamais senti le besoin de faire de la marche. C’était la première fois que j’allais en montagne.

 

La capitale Yaoundé, avec plus de 4 mio d’habitants aussi (la moitié de la population helvétique) a la particularité d’être à la même altitude que La Tour-de-Trême (750m). Mais pas avec le même climat ?

 

On va souvent à Yaoundé. Il fait un peu plus frais à Yaoundé qu’au bord de l’océan et on risquera de voir des gens avec des pullovers le soir.

 

En Suisse, et en particulier en Gruyère, l’environnement change quand même pas mal. Qu’est-ce qui te plaît ici ?

 

Il y a beaucoup de choses. Il y a ma femme, mon enfant. Il y a quelque chose qui me fascine, c’est le fait de voir des terrains de foot partout. Au début, même de voir des prés assez plats, j’étais impressionné. Tous les prés, je les voyais comme des terrains de foot. Je suis aussi reconnaissant envers la Suisse de pouvoir travailler ici et de pouvoir subvenir aux besoins de ma famille.

 

Tu retournes quand même régulièrement dans ton pays d’origine. Tu as beaucoup de famille sur place ?

 

Oui, j’ai beaucoup de famille. Juste mon petit frère à Douala. Mais le reste de ma famille est encore au village.

 

Tu as joué au foot au Cameroun jusqu’à quel âge et à quel niveau ?

 

Jusqu’à 30 ans, jusqu’en 2ème division, pendant plus de dix ans.

 

A quel poste de prédilection as-tu préféré évoluer ?

 

J’ai commencé comme arrière droit. Mais mes beaux jours dans le foot, c’était dans la défense centrale.

 

Tu as fait toutes tes études/ta formation au Cameroun ?

Oui, je n’étais jamais sorti du Cameroun avant de venir en Suisse. Je faisais tout pour éviter les matches à l’extérieur dans mon pays. Tous les voyages étaient en bus, jusqu’à 6 heures. Je n’étais pas vraiment à l’aise dans les voyages. Mais je n’ai pas étudié longtemps.

 

Ton pays ne te manque pas trop ?

 

Oh si, ça me manque beaucoup. C’est pour ça que je vais assez souvent. J’ai besoin de voir mes amis, mon petit frère, j’ai aussi une fille au Cameroun. Notre objectif, c’est d’aller nous installer au Cameroun. Mais nous n’avons pas exactement la même motivation. J’aimerais y aller plus vite que Caroline.

 

Tu entraînes depuis une année et tu as pris en charge les juniors Da. Par quel biais es-tu arrivé au club ?

 

Pendant la grosse période de Covid-19, j’ai dit à ma femme qu’il fallait que j’entraîne une équipe. J’entraînais une équipe au Cameroun et ça me manquait. J’ai habité d’abord à Sommentier, mais nous savions que nous allions venir à Bulle. Ma femme a fait des téléphones et ensuite j’ai rencontré Matthieu et c’est comme ça que je suis arrivé dans l’équipe des juniors Da.

 

Je me souviendrai de ton premier entraînement, car j’habite tout près du terrain 2 et j’ai adoré dès la première seconde t’entendre parler à tes joueurs. Il faut dire que tu parles relativement fort et … beaucoup, n’est-ce pas ?

 

Ouais, je parle beaucoup. Je crois que c’est une malformation. J’avais un entraîneur que j’ai adoré qui parlait beaucoup. Si on se limite à donner une simple séance d’entraînement, des choses vont nous échapper. Les enfants comprennent mieux si on répète plusieurs fois les choses. Par exemple de lever la tête avant de contrôler le ballon ou de faire la passe. Ça devient ensuite une évidence si on répète les choses régulièrement.

 

Tu as un accent tellement magnifique à entendre. J’imagine que tu as emmené aussi quelques expressions typiques du Cameroun. Tes jeunes ont certainement été amenés à sourire un peu parfois en t’écoutant ?

 

Oui (avec un grand sourire). Par exemple, mes joueurs ne comprenaient pas quand je disais « amortis » la balle. Aussi, ils ne comprenaient pas « chasubles », car ici on dit « casaques ».

 

J’ai déjà évoqué un peu de la saison des juniors Da lors du dernier interview de Roméo. Vous avez fait une superbe saison, bravo. Pourrais-tu nous raconter comment cela s’est passé selon toi ?

 

Au tout début, je savais que j’allais entraîner une équipe de juniors D. Je ne connaissais rien, cela a commencé tout timidement. Au début, il y avait 8 joueurs sur un contingent de 17. Par rapport aux enfants de 12 ans du Cameroun, ici les jeunes étaient plus « matures », plus « intelligents » et j’étais intimidé. C’était bien que je n’avais pas tout le contingent le premier jour. Ils aiment le foot, ils m’ont tout de suite écouté. Les parents ont été vraiment supers.

 

Roméo disait dans l’interview du mois de mai 2021 que certaines fois les entraîneurs donnaient des conseils inverses, d’un côté à l’autre du terrain. Plutôt drôle. Tu confirmes ?

 

Oui, oui. C’est juste. Peu importe ce qu’il va se passer sur le terrain, de toute façon je vais donner de la voix. La seule chose, c’est que ce sont les joueurs qui sont sur le terrain qui ont le ballon dans les pieds. Moi j’ai joué toujours devant 5’-6'000 spectateurs où c’était très bruyant. C’est au joueur de savoir ce qu’il veut faire. Car si je lui dis de dribbler, son adversaire entend aussi ce que je dis.

 

La saison est à peine terminée qu’une nouvelle saison est en préparation. Est-ce qu’on ose dévoiler ici avec quelle équipe tu seras l’année prochaine ?

 

Ce n’est pas encore officiel. Nous sommes 3 entraîneurs prévus pour deux équipes, entre les B et C promotion.

 

Après l’esprit conquérant que tu as insufflé à ton équipe durant cette saison, n’est-ce pas trop dur de quitter ces joueurs ?

 

C’est vrai. J’aurais bien aimé garder une partie de ces jeunes, mais c’est peut-être mieux de les laisser tous que d’en suivre qu’une moitié. La plus belle chose que j’ai aimée, c’est de les avoir vu progresser, beaucoup progresser. Techniquement, tactiquement.

 

Après une année dans notre club, que penses-tu de notre club du FC LTLP ?

 

Clairement s’il faut expliquer comme je le ressens, c’est comme si j’étais né à La Tour. Je ne connaissais personne, La Tour est mon équipe pas de cœur, mais plutôt de naissance. Donc ça devient mon équipe de cœur. Je joue avec le FC La Sionge, mais j’ai préféré là-bas jouer avec la 2ème équipe. On a joué contre La Tour.

 

Qu’est-ce qui différencie notre club de ce que tu as connu en Afrique ?

 

Tout je dirais. Il faut voir que la 2ème division chez nous, on dit que c’est professionnel. On te paie pour jouer, on touche des primes de matches. Mais les infrastructures sont complètement différentes. J’ai joué peut-être 3-4 fois de ma vie sur un terrain en gazon. Nous n’avions pas de vestiaires.

 

Que fais-tu à côté de ton boulot et celui d’entraîneur, est-ce que tu as d’autres hobbys ?

 

Non, j’aime juste l’entraînement, le foot. J’aime jouer pour le plaisir.

 

Nous avons pris l’habitude que l’interviewé transmette un nom pour l’interview suivant. Est-ce que tu as une idée de nom ?

 

Pourquoi pas Bledar, il est venu souvent arbitrer nos matches.